A 18 ans, Daniel et son papa furent immatriculés 58535 et 58534. 
Ils passèrent 28 mois au camp de Sachsenhausen.
Libérés par l’armée américaine aux alentour de Schwerin, le 2 mai 1945, ils totalisèrent « 977 jours de bagne nazi ».

Chevillés à ma chair, des souvenirs m’assaillent,
bardés de barbelés et de mornes grisailles,
des cris, des hurlements, des abois diaboliques
expulsent des wagons, des humains faméliques.

De sinistres sauvages avec de lourds gourdins
à la crosse en métal nous ont brisé les reins.
Puis, en courant-marchant, nous allons grelottants
misérables carcasses dans nos haillons flottants.

Traversant un village, l’on nous jette des pierres
qu’on ne peut éviter, et nos poings se serrent.
Emergeant du brouillard, une tour nous avale
pour nous régurgiter comme du linge sale
sur une immense place qu’un vent glacial torture.

Nos yeux endoloris cillent sous la blessure
que nous fait la vision de fantômes rayés,
esclaves anonymes, par l’aigle noir broyés.

Et puis, agglutinés dans une froide baraque,
déshabillés, déchaussés, la mâchoire qui claque
tondus, débarbouillés, la douche à peine tiède,
le corps endolori, la nuque encore raide,
l’on chausse des galoches à semelles de bois.
L’uniforme rayé laissant passer le froid.

Nous sommes désormais rayés du genre humain.
Nous avons malgré tout l’espoir de lendemains
où nous pourrons goûter une juste revanche :
amour et liberté tombant en avalanche
écrasant l’hydre haineux et le vil charognard,
ce sera la victoire des glorieux bagnards.

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