“A peine la colonne a-t-elle dépassé les dernières maisons d’Oranienburg que cela arrive une première fois (…) Un déporté s’écroule quelques rangs devant nous et gît au sol (…) “Halte !”. Sur ordre des SS, on tire sur le bas-côté (…) puis on entend un coup de feu. C’est le premier mort.”
Peter Heilbut, Juif allemand à Sachsenhausen de 1943 à 1945, témoignage recueilli en 1945
Le 20 avril, René Rochard entendit l’alarme. Ce jour-là, les détenus sont évacués du camp de concentration et envoyés sur la route des Marches de la Mort. Ce détenu français raconte :
« … vers 4 heures on a dû se lever sous les hurlements du chef de Block. La rumeur se propage, le camp doit être évacué… Le départ eut lieu par nationalités »
Le 21 avril 1945, 30 000 hommes de Sachsenhausen et 5 000 femmes venant de Ravensbrück sont évacués, par groupe de 500, en direction de la Baltique. Les SS avaient l’intention de les embarquer sur des navires puis de couler ceux-ci
Des milliers de prisonniers ne survécurent pas à cette marche de la mort (voir également : Bois de Below). Tous ceux qui ne pouvaient plus marcher étaient abattus immédiatement.
Les 18 000 survivants sont libérés le 2 et 3 mai entre Crivitz et Schwerin.

Évacuation du camp de concentration d’Oranienburg-Sachsenhausen
Face à l’avancée de l’Armée rouge, les SS commencèrent à évacuer les détenus du camp de concentration de Sachsenhausen en les jetant sur les routes.
Une offensive massive dans l’est de la Biélorussie durant l’été 1944 permit aux forces soviétiques de prendre, pour la première fois, le contrôle d’un grand camp de concentration nazi, à Lublin/Majdanek.
L’avancée soviétique fut si rapide que les SS n’eurent pas le temps d’évacuer le camp. Les médias soviétiques et occidentaux firent largement connaître les atrocités perpétrées à Majdanek, utilisant à la fois des images de la libération et des interviews de prisonniers survivants. Peu après, le chef SS Heinrich Himmler donna l’ordre de faire évacuer vers l’ouest les prisonniers de tous les camps de concentration. Les autorités SS ne voulaient pas que les prisonniers survivants puissent raconter leur histoire aux libérateurs alliés et ils pensaient également qu’ils auraient besoin d’eux pour produire des armes.
A l’approche de l’hiver et de l’avancée des Alliés, les autorités SS procédèrent de plus en plus à des évacuations de prisonniers à pied. En janvier 1945, le troisième Reich était au bord de la défaite militaire. Alors que les évacuations se faisaient de plus en plus au moyen de marches forcées, le nombre de morts par épuisement et hypothermie augmenta considérablement. Cela suscita de la part des prisonniers la perception, compréhensible, que les Allemands voulaient tous les tuer par ces marches.
Cette marche, ralliant Sachsenhausen à la baie de Lübeck, nommé par les Nazis la marche d’évacuation fut nommé par les déportés la « Marche de la Mort ».
Pendant ces marches de la mort, les gardes SS brutalisaient les prisonniers. Obéissant aux ordres, ils fusillèrent des centaines de prisonniers qui ne pouvaient pas suivre le rythme de la marche, qui s’effondraient. Des milliers de prisonniers moururent d’hypothermie, d’inanition et d’épuisement.
Les marches forcées furent particulièrement fréquentes à la fin 1944 et en 1945, alors que les SS évacuaient les prisonniers vers des camps situés plus à l’intérieur du territoire allemand. De grandes opérations d’évacuation transférèrent des prisonniers d’Auschwitz, de Stutthof et de Gross-Rosen vers l’ouest à Buchenwald, Flossenbürg, Dachau et Sachsenhausen au cours de l’hiver 1944-45 ; de Buchenwald et Flossenbürg à Dachau et Mauthausen au printemps 1945 ; et de Sachsenhausen et Neuengamme vers le nord en mer Baltique durant les dernières semaines de la guerre.
Lors de leur avancée vers le cœur de l’Allemagne, les forces alliées libérèrent des centaines de milliers de prisonniers des camps de concentration, y compris des milliers de prisonniers qui marchaient dans ce mouvement d’évacuations forcées.
Lire ici le témoignage de Guy Chataigné

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