Source : Mémoire Vivante N° 64 – Avril 2015
Fondation pour la Mémoire de la Déportation
Le complexe Oranienburg-Sachsenhausen fut libéré par l’Armée soviétique les 22 et 23 avril 1945. Quelques 3 000 détenus malades et moribonds demeuraient au camp principal, trop faibles pour être évacués avec les 30 000 autres, lancés dans des « marches de la mort » sur ordre du commandant du camp.
Peu après la libération, les services secrets soviétiques (NKVD) transformèrent le camp 7 de Weesow en camp spécial d’internement où furent enfermés d’anciens fonctionnaires du régime nazi, des membres de la Wehrmacht, condamnés par les tribunaux militaires soviétiques, des membres de la Werwolf, et des « indésirables
politiques », jugés dangereux par le nouveau pouvoir, engagé dans une politique « d’hygiène sociale ».
Entre 1945 et 1950, près de 60 000 personnes furent internées dans cette partie du camp, dont environ 12 000 périrent de sous-alimentation ou de maladies.
À la fermeture du camp spécial, le site fut remis d’abord à la Police du peuple de la RDA avant d’être confié en 1956 à l’Armée Nationale du Peuple. La plupart des baraques en bois existaient encore.
Puis le camp fut utilisé comme camp d’entraînement militaire et les baraques furent soit démolies par décision du commandement, soit victimes d’actes de vandalisme d’une population à le recherche de bois. Entre 1952 et 1953, la Police de RDA dynamita la station Z et les installations du crématoire, pour aménager une tranchée de tir englobant l’ancienne tranchée où les SS procédaient aux exécutions.
En 1957 commença à germer l’idée de faire ici un lieu de mémoire. Toutefois, la sauvegarde du site n’était pas encore à l’ordre du jour, seul comptant le message à véhiculer.
Sauvegarde des bâtiments authentiques et conservation du site furent beaucoup plus l’affaire des anciens déportés et détenus euxmêmes, que celle de l’État. Nul ne sait encore de qui émana l’ordre donné à la Volkspolizei de détruire une grande partie des bâtiments du camp, dont le crématoire ( Malgré l’opposition de Karl
Shirdewan, ancien membre du Potiburo et ancien détenu de Sachsenhausen)
Le gouvernement de la RDA entendait seulement donner la priorité au mode commémoratif, privilégiant la célébration de la victoire de l’antifascisme sur le fascisme. Il fit ériger un obélisque de 40 mètres de haut, sur lequel figurent 18 triangles rouges, censés évoquer les différentes nationalités présentes au camp (en réalité en nombre bien supérieur)
Il fut appelé « Tour des nations ». Sur l’avant du monument, situé dans l’axe du porche de l’entrée principale, une statuaire représente des soldats soviétiques libérant des détenus.
L’inauguration eut lieu en avril 1961 en présence d’environ 200 000 personnes et le monument reçut l’appellation officielle de « Mémorial national de Sachsenhausen », qu’il conserva jusqu’en 1990.
À partir de 1990, une nouvelle administration du Mémorial et un Comité international virent le jour, tandis que le gouvernement du Land de Brandebourg prit la suite du ministère de la Culture de l’ex-RDA. La nouvelle équipe dressa n bilan peu brillant de l’état des mémoriaux et des sites situés dans le Land, c’est-à-dire les camps de Sachsenhausen et Ravensbrück, et les prisons de la Gestapo.
Ce constat faisait apparaître notamment l’existence d’expositions surannées,
un grave déficit en matière de recherche historique et un délabrement dangereux des édifices. De gros investissements étaient nécessaires pour y remédier. Simultanément la vocation pédagogique du Mémorial exigeait une transformation
profonde, privilégiant les visites commentées, les recherches historiques et archivistiques, la réalisation d’expositions permanentes ou temporaires, les grandes commémorations orchestrées du passé n’étant plus à l’ordre du jour. Des crédits importants furent consacrés plusieurs années de suite à ce vaste programme.
Une Commission d’experts, réunie sous l’égide du ministère de la Culture formula plusieurs propositions en 1992 : tout d’abord la création d’une fondation de droit public, recevant le label « d’utilité publique », qui déboucha en 1993 sur la
création de la Fondation des Mémoriaux Brandebourgeois, incluant les mémoriaux de Sachsenhausen, avec son annexe-musée de la marche de la mort au Bois de Below, le mémorial de Ravensbrück, et le centre de documentation de Brandenbourg an der Havel, ancienne prison de la Gestapo.
Cette Fondation est actuellement financée à part égale par le budget fédéral et celui du Land. Le titre de Mémorial national lui fut ôté au profit de celui de « Musée Mémorial de Sachsenhausen », regroupant un ensemble de musées interactifs.
Une exposition itinérante, consacrée à la Fondation et aux différents organes qu’elle englobe, circule en Europe et a été présentée au Parlement européen, à Bruxelles, en 2003.
Elle circule actuellement dans plusieurs villes d’Europe. De même une exposition est consacrée à des figures de la déportation de Sachsenhausen et Ravensbrück qui firent par la suite une carrière politique en Europe. Cette exposition fut
présentée en novembre 2009 à Buenos Aires en Argentine.
Au total plus de trois millions de visiteurs ont fréquenté les mémoriaux de la Fondation de Brandebourg et son centre de documentation de Havel, entre 1993 et 2003.
Le programme d’assainissement et de rénovation des lieux comporte encore quatre grands projets à venir :
— l’aménagement d’un centre d’accueil et d’information dans le local de l’ancienne armurerie des SS (Waffenmasterei), située dans l’ancienne Kommandantur du camp,
— les vestiges de la Station Z ancien complexe de mise à mort et son crématoire devenus lieux commémoratifs actuels du Mémorial,
— l’ancien espace industriel (Industriehof), intégré au Mémorial et l’emplacement des fosses remplies de cendres humaines, identifiées en 1990, lieu d’hommage aux victimes,
— l’aménagement intérieur de la zone triangulaire formant l’ancien camp de détention, encore en attente de financements complémentaires.
En outre le Mémorial dispose désormais d’un centre d’archives protégé, au sein duquel il a réussi à regrouper des copies (environ 50 0000 pages) de documents qui se trouvaient dans les archives spéciales à Moscou.
Aujourd’hui le Mémorial se veut un lieu de rencontre et d’échange tout autant qu’un lieu de souvenir.
Il met à la disposition de ses visiteurs des informations sur ce qui s’est passé dans le camp, (13 expositions permanentes ou temporaires) des films (Sachsenhausen, camp de la mort 1946 ou sur le Procès de Pankow).
L’ex villa de l’Inspecteur des Camps de Concentration, le général SS Theodor Eicke est transformée depuis 2006, en auberge de jeunesse destinée à faciliter l’organisation de séjours de groupes de jeunes et à les accueillir dans les meilleures conditions possibles.
La Fondation des Mémoriaux de Brandebourg comporte un Comité de direction, en charge de l’élaboration des budgets et de la mise à exécution des décisions prises par le Conseil de délibération, haute instance de 7 membres, qui détermine les grandes lignes des projets d’agrandissement ou d’aménagement
Une commission d’experts émet des avis en matière de recherche scientifique.
Enfin dans la mesure où il est important d’intégrer le point de vue des victimes dans le travail de fond des mémoriaux, une commission consultative a été créée,
composée de représentants d’associations de détenus et victimes et s’est scindée en deux comités œuvrant aux périodes d’avant 1945 et d’après 1945.
Le Comité International créé en 1964 et le Comité consultatif ou Beirat ont accompagné la Direction du Mémorial dans toutes les décisions concernant le développement de ce dernier.
Après la réunification, le gouvernement allemand a reconnu le caractère historique du site en y incluant les bâtiments nouveaux construits par la RDA. Il lui fallut définir des priorités dans les travaux de réaménagement et choisir entre ce qui
paraissait relever de l’interprétation de source d’origine, et les symboles postérieurs.
Par ailleurs le Mémorial prend une signification de plus en plus diversifiée selon les catégories de victimes, celles du génocide des Juifs par exemple, ayant souhaité des lieux de commémoration séparés.
Pour l’avenir, il se révèle que l’attente des visiteurs évolue avec le renouvellement des générations et selon leur milieu social et culturel d’origine.
Préparation des visiteurs en amont et accompagnement pédagogique pendant leur venue sont deux démarches absolument incontournables que le Mémorial a de plus en plus de mal à assumer faute de personnels en nombre suffisant.
À titre d’exemple les groupes de visiteurs représentent environ 40 000 personnes dans l’année, pour un encadrement pédagogique prévu seulement pour 1500.
Aujourd’hui le Mémorial se veut un lieu de rencontre et d’échange tout autant qu’un lieu de souvenir
Last modified: décembre 20, 2024