1er septembre 1944, 17h45.
Le dernier train de déportés, dit “le train de Loos”, quitte la gare de Tourcoing. Direction la Belgique, les Pays-Bas, puis l’Allemagne. À son bord, 871 détenus, résistants pour l’essentiel, venant des prisons de Béthune, Valenciennes, Douai ou encore Arras, et regroupés à la prison de Loos avant leur départ. 
Seuls 275 reviendront.

C’est l’un des derniers épisodes tragiques de la Seconde Guerre mondiale dans cette région. Il y a quatre-vingts ans, alors que le Nord – Pas-de-Calais, hormis la poche de Dunkerque, est en passe d’être libéré, l’occupant déporte près de 900 hommes vers l’Allemagne. Le funeste convoi sera surnommé « Train de Loos » ou « dernier Train de Loos ».

Nous sommes à la toute fin août 1944. Les Alliés ont débarque en Normandie depuis près de trois mois, ont progressé dans toutes les directions, et atteignent notre région où des unités canadiennes, britanniques, américaines et polonaises entrent et avancent rapidement en direction de la Belgique.

Pendant tout l’été, la justice militaire allemande a continué à fonctionner dans la région et, en parallèle, une procédure d’évacuation des prisons locales a été lancée. Des listes de condamnés ont été constituées dans le but de former un ultime groupe de résistants et de prisonniers politiques à déporter vers l’Allemagne. Déjà détenus sur place ou rapatriés de divers établissements pénitentiaires tenus par l’occupant (Arras notamment), ils ont été rassemblés et « triés » à la prison de Loos jusqu’au 31 août.

De Tourcoing à Cologne, dans des wagons à bestiaux

Quelque 900 d’entre eux, majoritairement originaires du Nord et du Pas-de-Calais et dont la moitié ont moins de 30 ans, sont acheminés par une noria de camions à Tourcoing toute la journée du lendemain, le vendredi 1er septembre 1944.

Le convoi de wagons à bestiaux qui s’ébranle de la gare de marchandises en fin d’après-midi emmène ses passagers, entassés dans des conditions terribles, vers un destin tragique. Il traverse la Belgique, où quelques-uns parviennent à s’évader en sautant du train, puis rejoint l’extrême nord des Pays-Bas avant de traverser la frontière allemande et d’opérer un demi-tour vers le sud. Le train entre en gare de Cologne, sa destination finale, au matin du 3 septembre. Alors que Lille vient d’être libérée.
Un tiers seulement survivront
Source : “La Voix du Nord”

Entre le 5 et le 9 septembre,
la quasi-totalité des prisonniers de Loos
seront acheminés au camp de Sachsenhausen.
Les quelques autres auront celui de Buchenwald ou encore Dachau pour destination.

Chaque 1ᵉʳ septembre, la cérémonie du train de Loos est l’occasion de revenir sur un moment fort et douloureux, de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale à Loos.
Cette année, pour marquer son 80ème anniversaire, de nombreux évènements ont été prévus durant un mois. Des conférences, expositions et cérémonies, ont honoré la mémoire de ces martyrs et ont permis de plonger dans l’histoire de cet évènement historique.

A noter :
Sam. 31 août au ven. 6 septembre
EXPOSITION « SUR LE TRAJET D’UN DÉPORTÉ DE COMPIÈGNE À SACHSENHAUSEN »
Proposée par l’Amicale du Train de Loos et l’Amicale Orianienburg-Sachsenhausen et ses kommandos.

Ci-dessous,
mémorial des déportés du “Train de Loos”
(inauguré en 2023 dans une alcôve du tunnel d’accès à la Coupole)
Mémorial formé de plaques de bronze inscrit pour l’éternité
le souvenir de chacun de ces hommes. 

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Source : INA
Durant les derniers jours du mois d’août 1944, la prison de Loos n’échappe pas à l’exaltation qui s’empare de la population du Nord-Pas-de-Calais. Femmes et hommes en sursis pour la plupart, les détenus suivent avec avidité les derniers événements. Durant la dernière semaine du mois d’août, l’atmosphère a encore changé. L’espoir d’une future délivrance maintient le moral au plus haut. Heureusement ! car les conditions de vie sont devenues insoutenables. Les cellules regorgent de prisonniers, elles accueillent 12, 15 personnes.

Les SS ont fini par obtenir de prendre en charge les détenus politiques enfermés dans les prisons au nord de Paris. Ils vont les regrouper dans la prison de Loos et former le dernier convoi de déportés quittant le nord de la France pour les camps nazis. Il est probable que ces détenus politiques pourront servir de monnaie d’échange, d’otages avec les alliés. Les SS fanatiques, remarquablement organisés et efficaces, vont mettre en place un plan de transport et réquisitionner tous les moyens pour parvenir à leur fin. Ainsi des prisons de Béthune, Valenciennes, Douai, Arras, les détenus politiques sont acheminés vers Loos par train, par autobus, alors que l’armée allemande pressée se replie en hâte vers la Belgique et qu’elle aurait bien besoin de ces moyens de transport. Pour arriver à la prison de Loos, ces détenus mettront beaucoup de temps, l’aviation alliée est omniprésente, attaque les gares, les convois. Arrivés à Loos, ces malheureux sont entassés dans les cellules déjà surchargées. On utilisera les locaux de la prison Saint-Bernard, annexe de la prison de Loos, pour y attendre le départ.

Le 1er septembre, dans les cellules de Loos, l’appel des partants se fait dès 5 heures du matin dans l’excitation générale. 80 rotations entre Loos et Tourcoing, de 8 h à 17 h, vont amener en gare de Tourcoing environ 1 250 détenus politiques. La dernière rotation arrivera trop tard. Les détenus seront libérés sur place. Vers 17 h 45, le train de Loos s’ébranle, prend la direction de Mouscron. Les détenus dans l’angoisse croient encore au miracle d’une libération par l’aviation alliée, par la résistance locale française, puis belge, mais en vain. Elle échoue en raison d’une série de contretemps et de hasards malheureux. Beaucoup y laisseront la vie, Yves Le Maner dans son ouvrage consacré à cet épisode [1], donne le chiffre de 275 rescapés !

Chacun des témoins interviewés donne une vision du moment précis où les Allemands ont réuni les prisonniers pour les conduire vers le train à Tourcoing et où leur vie a basculé, alors que la Libération était si proche : Jean-Marie Fossier (commandant FTP, à Loos depuis plus de 10 mois, déporté à Buchenwald, libéré le 11/04/1945), Jean Vandeneeckhoutte (de Chéreng, libéré le 1/05/1945), Roland Vanbreugel (de Saint-Amand, libéré le 3/05/1945), Léon Basier (de Paris, déporté à Dachau, libéré le 29/04/1945), Henri Deudon (de Denain, déporté à Dachau, libéré le 29/04/1945), André Symoens (de Lille, libéré le 3/05/1945), Jean Repaire (de Tours, déporté à Dachau, libéré le 29/04/1945) et Robert Tonnoir (de Trith-Saint-Léger, déporté près de Schwerin, libéré le 3/05/1945).

Le train de Loos reste une énigme douloureuse. Comment une telle fatalité a-t-elle pu poursuivre 1250 hommes alors que la région est pratiquement libérée, que la Résistance harcèle l’armée allemande ? Après le retour des rescapés, des hommes ont cherché, en vain, à comprendre.

Un Mémorial du train de Loos a été réalisé en face de la prison où 12 plaques de bronze portant les noms des 871 déportés ont été apposées.

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