Marc Granouilhac a écrit ce témoignage à la demande de Peter Kotzan, professeur d’histoire à Lieberose. Ce professeur souhaitait créer un musée hommage aux déportés dans les vestiges du camp. Ce qui a été fait dans les années 80. Ce témoignage est disponible à l’intérieur du musée.

L’histoire du Kommando Lieberose

Après ses défaites pendant les Batailles de Stalingrad et au Kursker Bogen, la direction fasciste allemande conçut une série de résolutions pour stabiliser son autocratie et la poursuite de la guerre. A cela s’ajoutait l’accélération de la construction du champ de manœuvres des Waffen-SS pour lequel les habitants de 17 communes situées à l’est de Lieberose devraient quitter leurs villages. Pour la construction du champ de manœuvre la Waffen-SS avait besoin de main-d’œuvre bon marché et privée de ses droits. C’est pourquoi le Kommando Lieberose fut érigé comme camp secondaire du KZ Sachsenhausen, dans le village de Jamlitz près de la gare.
À l’automne 1943, le camp fut bâti par les détenus du KZ Sachsenhausen et par des travailleurs forcés néerlandais. Bientôt le camp eut 6 baraques d’habitation, une baraque cuisine, une infirmerie et deux baraques sanitaires (lavabos et toilettes). Dans ce camp régnaient les plus sévères conditions de vie et en particulier un travail meurtrier. Par exemple, dans les baraques il n’y avait pas moyen de se laver ou d’utiliser un lavabo. Comme nom de camouflage, comme beaucoup d’autres camps, il s’appelait “Camp de travail”.

Témoignage de Marc Martin Granouilhac
12.11.1922 Murviel les Béziers (France) – 02.01.1991 Montpellier (France)

« Je suis un rescapé des camps de concentration nazis. J’ai vécu cet enfer durant plus de deux ans et comme vous me le demandez, je vais vous relater les moments cruciaux de cette détention. »

C’est donc en mai 1943 que j’ai franchi la frontière allemande où nous avons commencé un périple avec mes camarades de transport. J’ai connu tour à tour les prisons de ZWICKAU – LEIPZIG.
À notre arrivée en gare d’ORANIENBURG, “l’accueil” des SS fût tout à fait différent de nos gardiens de prisons qui étaient plutôt débonnaires. Les “schlags” tombaient en avalanches et certains de mes camarades qui étaient étalés sur le sol se relevaient à coup de crosses de fusils dans les reins ou sur le visage. Tant bien que mal nous franchissons la porte de SACHSENHAUSEN et nous trouvons sur l’immense place d’appel. Nous sommes ébahis du “spectacle” : des murs flanqués de miradors d’où les sentinelles surveillent le doigt sur la gâchette. Des barbelés électrifiés, des chevaux de frise et des panneaux significatifs agrémentés de têtes de mort et de tibias marquant la limite à ne pas franchir sous peine de mort.

Ci-dessus, photographie du panneau d’affichage sur lequel figure l’histoire
de Marc Grenouilhac, dans le musée du camp de Lieberose.

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