Le système concentrationnaire n’était pas en marge du régime hitlérien mais bien l’un de ses éléments fondateurs. Dès la nomination d’Hitler comme chancelier du Reich, le 30 janvier 1933, la répression s’engage contre les opposants au régime. Plus de 60 camps de concentration sont créés en Allemagne en 1933-1934.

Les camps de la première génération (1933-1935) ont été progressivement remplacés par des ensembles nouveaux, conçus pour être des instruments de destruction physique et psychologique.

Au centre de cette nouvelle constellation, le camp de Sachsenhausen a servi pour la SS de lieu expérimental. Entre 1936 et 1945, plus de 200 000 déportés de toute l’Europe y transitent.

Et le lieu, situé au nord de Berlin, a une double particularité qui le rend essentiel à la compréhension du système des camps : il a été en 1936 le premier complexe dessiné par un architecte SS et conçu comme l’archétype du camp de concentration idéal – avec sa forme triangulaire devant permettre un contrôle total sur les détenus. Et puis c’est aussi à cet endroit que s’établit dès 1938 l’Inspection des camps de concentration (IKL en allemand), soit la centrale administrative de tous les camps construits dans la sphère d’influence allemande, notamment responsable des directives concernant le travail forcé, les punitions et les expérimentations médicales.

C’est là que sont formés, dans une caserne et un camp d’entrainement, les S.S. qui séviront dans tous les autres camps. Les méthodes d’ organisation et de répression y sont donc élaborées et testées par les S.S. dans le camp et ses kommandos. Ils y mettent au point les méthodes d’extermination massive et y font des expériences médicales.

Oranienburg et Sachsenhausen sont deux toponymes qui désignent en réalité, sur un espace géographique restreint, deux époques concentrationnaires distinctes.

  1. ORANIENBURG

À Oranienburg, situé à une trentaine de kilomètres au nord de Berlin, un camp de détention préventive est ouvert dès le mois de mars 1933. Il s’agit d’y enfermer, sous prétexte de protéger l’État national-socialiste, des communistes, des sociaux-démocrates et des syndicalistes opposés au régime et victimes de la répression, auxquels s’ajoutent des prisonniers de droit commun.
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Une cinquantaine de camps de détention préventive sont répartis sur l’ensemble de l’Allemagne, situés principalement en Saxe, en Thuringe et dans la région marécageuse proche de la frontière hollandaise. Ils sont établis dans
d’anciennes prisons, forteresses, casernes ou usines désaffectées.
À Oranienburg, le camp est installé dans l’ancienne brasserie Schultheiss-Patzenhofer, en plein centre de la ville.
La population est relativement limitée et excède rarement le millier de prisonniers, hormis à Dachau. Les prisonniers sont placés sous la responsabilité des SA2
qui y font régner la terreur.
Le 12 juillet 1934, après la « Nuit des Longs Couteaux » durant laquelle la SA est éliminée sous l’ordre de Hitler, les détenus sont transférés au camp de Lichtenburg.

Le camp d’Oranienburg fermera définitivement ses portes deux jours plus tard. Au total, 3 000 Allemands y ont été incarcérés entre mars 1933 et juillet 1934

À l’heure actuelle, le conseil municipal d’Oranienburg et la Fondation des mémoriaux de Brandebourg travaillent pour une nouvelle refonte du lieu commémoratif du camp de concentration d’Oranienburg

2. SACHSENHAUSEN

À la suite de la « Nuit des Longs Couteaux », les SS prennent le commandement de l’ensemble des camps. En 1934, Théodore Eicke, alors chef du camp de Dachau, est nommé Inspecteur général des camps de concentration.
À ce titre, il doit pouvoir disposer d’un camp proche de Berlin, où siège encore l’Inspection, pour pouvoir expérimenter les instructions. Parallèlement, la machine répressive nazie se met en branle avec le développement de la SS et la domination du système judiciaire. La conséquence majeure de cette conjoncture est l’augmentation du nombre de prisonniers politiques.
Considérant Oranienburg comme inadapté pour y installer un camp de concentration, en raison de son incapacité à accueillir autant de détenus, mais voulant conserver la proximité de Berlin, il décide de créer un nouveau camp.
Son choix se porte sur Sachsenhausen, un quartier extérieur à Oranienburg.

Vue aérienne du camp prise par les Alliés, 22 mars 1945

Le camp de concentration d’Oranienbourg-Sachsenhausen (en allemand Konzentrationslager Sachsenhausen, KZ Sachsenhausen ou encore KL Sachsenhausen), est un camp de concentration nazi mplanté en 1936 à Oranienburg, ville située à 30 km au nord de Berlin.

À son apogée, le complexe de Sachsenhausen compte près d’une centaine de camps extérieurs et de Kommandos. Il est libéré par l’Armée rouge en avril 1945. On estime que 200 000 personnes y ont été internées de 1936 à 1945, réduites en esclavage et soumises aux travaux forcés par les industries locales et que 84 000 y sont mortes, en raison des conditions inhumaines de travail et de vie et du traitement brutal, ont été gazés, abattus ou soumis à des expérimentations médicales.

C’est probablement le seul camp de concentration que les prisonniers ont baptisé d’un diminutif : « Sachso ».

Il est aujourd’hui aménagé en un musée-mémorial, avec dix espaces d’expositions permanentes qui présentent chacune un aspect majeur de l’histoire du camp

La ville d’Oranienburg-Sachsenhausen est située à 30 kilomètres au nord de Berlin (Allemagne). La décision d’y installer un camp est prise le 22 février 1933.
D’une superficie de plus de six cents hectares, 18 sont occupés par le camp central.

Dès les premières esquisses, le camp de Sachsenhausen présente des particularités uniques, répondant au dessein de Eicke de construire un « camp modèle » répondant à une architecture démontrant la supériorité nazie. Les plans initiaux prévoient un plan triangulaire double. Le triangle intérieur correspond à la partie dévolue aux prisonniers : une tour de garde est placée au centre de la base du triangle, des baraques disposées en éventail selon des rayons partant de cette tour, une caserne disposée de manière transversale et qui agrandit la base de ce petit triangle. Un triangle plus grand, qui englobe le premier et dont la base doit contenir les bâtiments pour la SS, c’est-à-dire les pavillons d’habitation, le garage des véhicules militaires des SS, les locaux de la Kripo, et ceux de l’inspection des camps de concentration (IKL).

La partie des prisonniers est ceinturée d’un mur de 2,70 m de haut, surmonté de fils électrifiés. Des miradors équipés de mitrailleuses et de projecteurs orientables sont disposés à intervalles réguliers.

À deux mètres du mur, côté intérieur du triangle, un chemin de ronde est délimité par une barrière de fil barbelé électrifié. En allant toujours du mur vers l’intérieur, une bande de graviers est ceinturée de cheveux de frises : c’est la « zone neutre ». Dans cette zone, des panneaux indiquent en allemand « On tirera sans sommation », surmonté d’une tête de mort

Le KL Sachsenhausen est la destination du premier transport de déportés parti de France, de la zone rattachée au Commandement militaire allemand de Bruxelles. Il s’agit de mineurs arrêtés en mai et juin 1941 lors de la grande grève des bassins du Nord et du Pas-de-Calais. Le transport part le 13 juin 1941, puis, après une détention d’un mois à la citadelle de Huy, en Belgique, 244 hommes sont immatriculés au KL Sachsenhausen, le 26 juillet, dans la série des « 38000 ».

En 1943, trois transports quittent Compiègne-Royallieu pour le KL Sachsenhausen : le 23 janvier (un peu moins de 1 500 hommes), le 28 avril 1943 (un peu moins de 900 hommes) et le 8 mai (un peu moins de 900 hommes). Par ailleurs, la même année, 48 Français déportés depuis Tunis sont immatriculés au KL dans la série des « 63000 » après avoir transité par l’Italie et la prison de l’Alexanderplatz à Berlin. En 1944, enfin, un peu moins de 850 déportés du « Train de Loos », parti de Tourcoing le 1er septembre, arrivent au KL Sachsenhausen les 7 et 9, après un arrêt de quelques jours à Cologne.
Si on ajoute les transferts depuis d’autres KL et les Français arrêtés sur le territoire du IIIème Reich, au nombre de plus de 900, on peut estimer que plus de 8 500 Français ont été déportés au KL Sachsenhausen.

ÉVOLUTION DE LA POPULATION DES DETENUS DANS LE COMPLEXE DU CAMP DE SACHSENHAUSEN

Les “types” de population incarcérés dans le complexe de Sachsenhausen (c’est-à-dire kommandos compris) varient considérablement au cours des neuf années d’existence du complexe.

Définition des catégories

  • Schutzhäftlinge : Personnes soumises à un « internement de protection » pour raisons politiques. En 1938, cette catégorie comprend les opposants politiques (c’est-à-dire principalement communistes, socialistes et syndicalistes allemands), les personnes persécutées pour leurs convictions religieuses (notamment les témoins de Jéhovah) et les homosexuels arrêtés par la Gestapo. À partir de 1939, on trouve également des prêtres catholiques et des pasteurs protestants, ainsi que les déportés d’origine polonaise et les étudiants tchèques. Au fur et à mesure de l’occupation de nouveaux territoires par les nazis, cette section comprend des résistants de plusieurs nationalités, dont près de deux mille Français au début de l’année 1943, ainsi que les Polonais déportés après l’insurrection de Varsovie en 1944.
  • Vorbeugungshäftlinge : Personnes soumises à un « internement de protection » pour raisons de droit commun. Cette catégorie désigne en fait les récidivistes de droit commun coupables de divers crimes ou délits. Les homosexuels arrêtés par la Kripo font également partie de cette catégorie. À partir de fin 1939 elle est appelée « BV », c’est-à-dire befristete Vorberbeugungshäftlinge ou Berufverbrecher. Deux cents douaniers polonais de Dantzig arrivés au camp fin 1939 sont classés dans cette section.
  • Réfractaires au travail : Catégorie hétérogène dans laquelle sont regroupés les indigents, les personnes sans domicile fixe, les alcooliques, les divorcés qui ne paient pas la pension alimentaire à leur conjoint, des grévistes, ainsi que des personnes ayant démissionné de leur emploi. En 1938, plus de 400 Sintis et Roms et près de 800 Juifs sont également classés dans cette catégorie. À partir de 1939, elle est rebaptisée « Asociaux ».
  • Juifs : Cette catégorie apparaît en novembre 1938, consécutivement à la nuit de Cristal. Les lois de Nuremberg donnent les critères permettant de discriminer quels citoyens allemands doivent être considérés comme Juifs. En 1939, on compte dans cette section un millier de personnes juives originaires de Pologne et d’Europe de l’Est.
  • Étudiants de la Bible : Témoins de Jéhovah
  • Service spécial de la Wehrmacht (SAW) : Dans cette catégorie sont classés les soldats ayant déserté ou refusé d’obéir, transférés à Sachsenhausen après la dissolution des unités disciplinaires de la Wehrmacht.
  • Travailleurs civils russes : Déportés du travail venant de l’Union soviétique ayant essayé de s’évader ou ayant commis des infractions dans les usines où ils travaillaient.
  • Polonais : Bien que Schutzhäftlinge, l’administration SS les classe à part jusqu’en janvier 1944.
  • Prisonniers de guerre soviétiques : soldats de l’Armée Rouge.

Divers : Catégorie qui regroupe des Allemands ayant émigré ainsi que des soldats de la SS punis pour diverses raisons, puis des Témoins de Jéhovah et des homosexuels en 1939. À partir de 1942 elle comprend les personnes qui ont reçu pour sanction « l’extermination par le travail » et des républicains espagnols.

Marche de la mort 
La libération du camp

« Ils étaient terrifiants. Pâles, exsangues, le regard vague, n’ayant plus que la peau sur les os (…) Ces gens couverts de plaies et d’escarres ont pleuré de joie en voyant nos soldats arriver (…) »
Rapport n° 320 d’une délégation de la 2ème division d’infanterie de Varsovie, 23 avril 1945

Le 21 avril 1945, 30 000 hommes de Sachsenhausen et 5 000 femmes venant de Ravensbrück sont évacués, par groupe de 500, en direction de la Baltique. Les SS avaient l’intention de les embarquer sur des navires puis de couler ceux-ci
Des milliers de prisonniers ne survécurent pas à cette marche de la mort (Bois de Below). Tous ceux qui ne pouvaient plus marcher étaient abattus immédiatement.

Les 18 000 survivants sont libérés le 2 et 3 mai entre Crivitz et Schwerin.

Pour en savoir plus sur la Marche de la Mort

Le KL Sachsenhausen est libéré par l’Armée rouge, le 22 avril 1945. Elle n’y trouve que 3 000 hommes, 2 000 femmes et quelques enfants. Ils étaient presque tous mourants, malades ou complètement affaiblis.
Au total, on estime qu’un peu plus de 200 000 hommes et femmes ont été déportés au KL Sachsenhausen dont la moitié y a trouvé la mort.

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