Un kommando est en Allemagne, plus spécifiquement sous le régime nazi, une unité de travail forcé et, lorsque l’unité est physiquement autonome, le camp qui l’abrite. Il dépend alors  d’un camp de concentration principal.

SACHSENHAUSEN sous-traite ses déportés esclaves, hommes ou femmes dans des dizaines d’entreprises, appelés “kommandos” ou camps annexes, lorsque les déportés dorment sur place. 

“Ils m’ont affecté au kommando de déminage chargé de déterrer les bombes n’ayant pas explosé (…) Certains kommandos ont été déchiquetés. On en parlait dans la baraque (…) Si la bombe avait un détonateur à retardement, on risquait d’être pulvérisés.”
Jakov Tsur, juif tchèque à Sachsenhausen en 1944/1945, témoignage recueilli en 1996.

  • Les kommandos du camp central de Sachsenhausen

Ateliers de récupération
800 détenus sont chargés de récupérer les vêtements et chaussures provenant de l’ensemble des camps et ayant appartenus à des victimes de l’extermination nazie. Dans ces vêtements et ces chaussures ces innocents y avaient caché bijoux et autres objets de valeur ignorant leur destiné finale. 
Dans ces ateliers, le commandant Loritz y organise un trafic avec l’or et les bijoux.

D.A.W. Deutsche Ausrüstungswerke
Une menuiserie dont les ateliers fonctionnent jour et nuit 1700 détenus y sont affectés.

Imprimerie
Cette imprimerie a pour mission la réalisation de fausse monnaie. C’est à Sachsenhausen que sont frappées de fausses livres sterling et de faux dollars. La quantité de fausses livres sterlings émises est estimée à 150 millions.

Entrepôt de tuyaux
Il compte de 30 à 130 détenus occupés à déplacer des tuyaux, voire à construire les barraques pour entreposer divers matériaux.

K.W.A Kraftfahtechnische Versuschabteilung et Werkzeug Abteilung
Ateliers de recherches et d’études mécaniques situés près de la caserne S.S. face à l’entrée du camp. 2100 détenus y réparent des chars, des véhicules, font de la tôlerie, de la mécanique…

  • Les kommandos proches du camp central

Ci-dessus, Klinkerwerk : Pèlerinage 2023 – Quelques vestiges de la briquerie

Klinker
Camp annexe ouvert le 28 avril 1941, il compte de 1 500 à 3 500 détenus.
Klinker est une briqueterie détenue par les SS et rattachée à la Deutsche Erd-und Steinwerke (D.E.S.T.) qu’ils fondent en 1938. Cette usine  devait produire les briques nécessaires à la réalisation du plan d’urbanisme visant à faire de Berlin la ville nouvelle baptisée Germania. En 1942, l’usine fut reconvertie dans la production d’armement (grenades)

Schwarzkommando
Installé au camp annexe de Klinker il est déplacé en 1944 au camp annexe de Heinkel. Il doit ce surnom au fait que les détenus qui y travaillent ont la peau noircie par la poudre des piles sèches hors d’usage dont il récupèrent le charbon. Composé de vieillards et de Tziganes ce kommando signifie le plus souvent la mort rapide, les poumons étant vite atteints par tous ces produits et les blessures s’infectant rapidement.

Sonderlager
Situé en bordure extérieure nord du camp. Ce kommando construit des cellules spéciales pour les détenus de marque dont les SS veulent se servir comme otages.

Speer
Situé à environ 3 km du camp, 2 000 détenus y font de la récupération de matériaux de toute sorte amenés par péniche depuis les pays occupés et les zones bombardées de l’Allemagne. Le kommando porte le nom de Albert Speer, ministre de l’armement de Hitler. C’est un des kommandos les plus meurtriers.

  • Les chantiers éloignés de Sachsenhausen

Neuengamme
Fin 1938, la SS installe dans une briqueterie désaffectée de Hambourg-Neuengamme un détachement extérieur du camp de concentration de Sachsenhausen. Au printemps 1940, Neuengamme devient camp de concentration autonome et demeure jusqu’en 1945 le camp central pour le nord-ouest de l’Allemagne

Ravensbrück
En 1939, 500 détenus y partent pour construire le camp de concentration pour femmes. Tant le climat de cette région (Meklemburg) était rude, ce camp était aussi appelé “la petite Sibérie meklembourgeoise”. Entre 1939 et 1945, 150 000 femmes de 23 nationalités différentes y furent immatriculées, 92 000 y furent assassinées.

Gross-Rosen
En 1940, plus de cents Polonais partent pour y installer le camp.

Struthof
En 1941, 300 “droit commun” partent en Alsace y aménager le camp. La majorité d’entre eux est allemande.

Bad-Saarow
Petit camp annexe situé à mi-chemin entre Berlin et la frontière polonaise. Il abrite en souterrain une annexe du Grand Quartier Général destiné au repli de l’état-major de Hitler. Les détenus effectuent tous les travaux de terrassement et de construction des différents bunkers, galeries etc…

Esterwegen
Camp indépendant de 1933 à septembre 1936 date à laquelle il devient un kommando. Un des rares camps de concentration qui fut dirigé par les S.S. avant 1934, puisque la direction des camps était confiée aux S.A. avant la “Nuit des Longs Couteaux”

Karlshagen
Situé sur l’île d’Usedom dans l’estuaire de l’Oder (Mer Baltique) ce camp regroupait un millier de détenus affectés aux travaux de terrassement, de construction de pistes, etc… du Centre Expérimental de Peenemunde où sont entre autres mises au point les fusées V1 et V2 deWerner von Braun. C’est de ce camp que 10 russes réussissent une évasion spectaculaire le 8 février 1945 en s’envolant à bord d’un Heinkel 111.

Lichterfelde
Camp annexe aux portes de Berlin. 1 500 à 1 600 détenus ont à charge la réfection des bâtiments administratifs de la Gestapoet des nazis ainsi que la construction d’abris souterrains.

Trébnitz
A 80 km d’Oranienburg 800 détenus.

  • Les entreprises liées au camp de Sachsenhausen

Arado
A Wittenberg 1 200 femmes rattachées au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen y travaillent.

Argus
A Berlin-Schönholz, 800 femmes rattachées au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen y travaillent.

Auer
Usine de masques à gaz 1 800 détenues venues de Ravensbrück mais rattachées au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen.

Daimler – Benz
Située à Berlin-Genshagen 1 100 femmes rattachées au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen y travaillent.

D.E.M.A.G.
A Falkensee (25km à l’Ouest de Berlin) ce kommando est créé en janvier 1943, il fournit de la main-d’oeuvre aux usines D.E.M.A.G. du groupe industriel Hermann-Göring. 2 500 détenus fabriquent des obus, des chars “Tigre”, du matériel ferroviaire…Pendant sa construction les détenus sont installés à Staaken à 3km de Falkensee.Le 10 juillet 1943 le camp-annexe de Staaken n’existe plus et est installé à Falkensee.

Légende : Vue aérienne de Falkensee avec 1 camp de S.T.O., 2 Kommando Falkensee (camp extérieurs de déportés) 3 Usines du complexe D.E.M.A.G. 4 Camp de prisonniers de guerre

FALKENSEE
Le 26 avril 1945, les détenus de Falkensee prennent le contrôle de leur kommando, puis sont définitivement libérés par l’Armée Rouge
Depuis plusieurs mois, avec les défaites hitlériennes, les conditions de vie s’aggravent dans les camps de concentration.
Dans le kommando de Falkensee, qui fait partie du complexe de Sachsenhausen, le rôle du Comité Français de Résistance (C.F.R.) grandit au sein de la communauté internationale des déportés.
Le C.F.R. comporte des hommes venant de toutes les organisations de résistance française présentes. Ses objectifs sont d’organiser la solidarité des français, de s’organiser avec les autres nationalités, et de se préparer à la perspective de l’effondrement du système concentrationnaire.

Le commandant S.S. a été récemment remplacé par un officier de la Wehrmacht, ce qui est un signe encourageant. De même, la production de la D.E.M.A.G. est plutôt symbolique, les Meister ayant été réquisitionnés pour le Volksturm. Enfin, dans le désordre de la bataille de Berlin, l’ordre de rejoindre les colonnes de déportés d’Oranienburg-Sachsenhausen jetés sur la route de l’exode dès le 21 avril n’arrive que le 23.

Néanmoins, le passage des évacués du kommando de Lieberose, à bout de force, et dont les déportés ont appris la fin tragique a marqué les esprits : les déportés connaissent à présent les méthodes employées par les nazis en recul sur tous les fronts, et notamment les projets d’évacuation.

Grâce aux camarades russes qui sont au magasin, les hommes ont désormais des godillots militaires, en lieu et place de leurs socques de bois. En revanche, ils ne disposent que d’armes blanches faites en secret à l’usine.

Le dimanche 22 avril 1945, l’armée soviétique libère les quelques 3 000 prisonniers encore présents au grand camp de Sachsenhausen. A Falkensee, l’usine D.E.M.A.G. s’arrête et la tension monte.

Le C.F.R. se réunit sous la présidence de M. René DOURY au block 1, pour examiner la situation. Il est alors décidé :
– de sortir de la clandestinité,
– de transformer le C.F.R. en Comité Français de Libération (C.F.L.)
– de subordonner toutes activités au comité militaire.

C’est le lundi 23 avril que les S.S. annoncent l’ordre d’évacuation, par l’intermédiaire du Lagerältester . Le C.F.R. fait donner l’ordre de ne pas sortir des baraques et rend compte de la réunion au Comité International de Résistance (C.I.R.) :
– le commandant du camp déclare vouloir envoyer au front tout le personnel de surveillance, y compris les S.S.
– il s ‘engage à remettre le camp au C.I.R. en échange d’un certificat attestant sa bonne conduite envers les détenus, signés par les représentants de chaque nationalité.

C’est la reconnaissance du C.I.R., dont les créateurs ont été les communistes allemands et le C.F.R. !
Le C.I.R., présidé par le communiste allemand Max REIMANN, propose alors immédiatement :
– l’amélioration de la soupe en quantité et en qualité,
– la garde des cuisines et des portes par un service d’ordre,
– de refuser la présence de soldats dans le camp.

Il est ensuite procéder à l’élection d’un nouveau Lagerältester, au nom du C.I.R. : Christian MAHLER est élu à l’unanimité. Il deviendra le premier directeur du mémorial de Sachsenhausen après la guerre.

Mardi 24 avril, la bataille continue de faire rage. Des obus tombent dans le camp. Il est très dangereux de circuler entre les blocks. Seul le commandant est encore présent, en bordure du camp.
Le 25 avril, malgré les appels du C.I.R. à rester dans le camp, trois hommes, un Russe, un Polonais et un Français, ont été abattus par une patrouille allemande à l’extérieur du kommando. M. Michel MURCIANO, aidés par d’autres hommes du Revier, iront chercher les corps.
A 8 heures, jeudi 26 avril, les soviétiques sont au camp. Les drapeaux sont sortis, la Marseillaise et l’Internationale sont chantées. La cloche sonne une dernière fois, à 9 heure. L’armée rouge donne l’ordre de quitter le camp, qui se situe toujours sur la ligne de front

La plupart des français survivants, soit près de trois cent cinquante, se regroupe au camp de prisonniers de guerre d’Hennigsdorf, tandis que quelques autres restent malgré tout dans le kommando, avec ceux qui ne peuvent être transportés.

Source : “Sachso, Au cœur du système concentrationnaire nazi”

Dans le parc historique de Falkensee (Pèlerinage avril 2023)

Dynamit AG
A Glöwen, 500 femmes rattachées au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen y travaillent.

Heinkel
Usine d’aviation située à quelques kilomètres d’Oranienburg -Sachsenhausen,
7 halls de fabrication de 120m de long sur 66 de large et 20 de haut, 7 000 détenus. C’est le kommando le plus important.
Avant 1940, seuls des civils allemands y travaillent, puis arrivent des prisonniers de guerre et en 1941 les premiers détenus de Sachsenhausen. Il devient camp-annexe en 1943. C’est le kommando dans lequel est regroupé le plus grand nombre de Français.

Bulletin “Souvenons-nous Oranienburg-Sachsenhausen” N° 206 – Juin 2013

Dans ce kommando, la résistance s’organise, objectif, saboter la production de guerre, le bombardier He-177 est la cible. Certains fabriquaient des pièces qui ont fait que le He-177 a connu moultes problèmes. Cette résistance, au premier rang de laquelle figuraient, certes les français mais aussi les politiques allemands, existait à toutes les phases de production :
– dessins (trucages des cotes, des tolérances,..)
– commandes (quantités,…)
– expéditions (inversions de hall, voire même expéditions à l’extérieur,…)

Kayser
Une fonderie à Oranienburg 800 détenus.

Zellwollz Zellulose Werk
A Kustrin (70 km à l’Est de Berlin) kommando disciplinaire de prisonniers de guerre et de détenus de Sachsenhausen compte plus de 300 détenus affectés à cette fabrique de pâte à papier.

Krupp
A Berlin-Geneukölln, 500 femmes rattachées au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen y travaillent et 1 100 à Berlin-Spandau.

Siemens
A Berlin-Haselhorst, 1 000 femmes rattachées au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen y travaillent.

  • Les Waldkommandos

Ce terme désigne l’ensemble des kommandos affectés aux différents dépôts et ateliers militaires du camp, situés dans la forêt. Il est composé de plusieurs kommandos dont quatre sont directement liés au secteur militaire…

Le Waffenamt
760 détenus affectés à la fabrication des Panzerfaust (arme anti-char).

Le Kraftfahrzeugdepot
700 détenus affectés à la réparation et à l’aménagement de véhicules automobiles (voitures, ambulances, char, camions…).

Le Hauptzeugamt
L’arsenal du camp (artillerie, armes, munitions), véritable petite forteresse qui emploie 500 détenus.

Le Nachrichtenzeugamt
360 détenus sont affectés à ce kommando duquel partent les convois militaires pour le front.

Ersatzkommando
200 détenus chargés de creuser des fosses.

Le Waldlager
120 détenus chargés de défricher la forêt.

Le Hundezwinge
Le kommando des chiens où 2 000 chiens sont entraînés à toute sorte de mission (recherche, attaque, kamikaze…) et dans lequel sont employés au nettoyage et au ravitaillement 60 détenus. Il occupe un espace d’environ 250 m sur plus d’un kilomètre de long au bord du canal Hohenzollern. 

Le Gärtnereiwiese
30 détenus entretiennent un jardin potager. 

Le Fichtengrund
Kommando de 50 à 100 détenus chargés de construire des maisons individuelles pour les officiers S.S.

  • Les “Baubrigaden”, kommandos itinérants de Sachsenhausen

Kommandos itinérants créés en 1942. Ces kommandos sont composés de détenus venus de tous les camps de concentration. Sachsenhausen pour sa part fournit 5 baubrigaden de 500 à 800 détenus chacune sur les 12 existantes.

Kommandos chargés indifféremment de la réparation des voies ferrées, du déminage, des chantiers de terrassement…. Certains se retrouvent à l’usine et à la base d’essai des V1 et des V2 sur les bords de la Baltique.

L’un de ces kommandos a participé à la construction de la grande base souterraine de Taverny qui abrite depuis les années 1960 l’Etat-major de la force nucléaire française.

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